Discours prononcé par M. le Maire de Haguenau, au Monument aux Morts de la ville, à l’occasion du centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale

     Merci monsieur le Maire de Landau pour ce témoignage d’amitié et de confiance. Merci d’avoir répondu favorablement à mon invitation à la cérémonie mémorielle de ce jour.
    Mes remerciements sont d’autant plus appuyés qu’une telle présence, vous l’avez dit, ne va pas « tout bonnement » de soi au regard des conflits sanglants qui opposèrent nos nations respectives, notamment tout au long des deux siècles passés et dont le souvenir reste vif à bien égard.
    Votre présence à nos côtés, ce matin, témoigne – je vous remercie de l’avoir souligné - du chemin de paix et de réconciliation parcouru, de part et d’autre, au cours des dernières décennies. En ce jour du 100e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, c’est aussi ce message que nous voulons porter. Nous serons évidemment à vos côtés, à Landau, dimanche prochain, pour une journée à haute portée symbolique.

    Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, la convention d’armistice entra en vigueur. Ainsi prirent fin les combats les plus violents et les plus meurtriers que le continent européen ait jamais connus. Ce fût aussi l’heure du retour de l’Alsace-Lorraine à la France.
    La ferveur nationaliste, qui emporta nos peuples aux premiers jours du mois d’août 1914, s’était engluée, 5 ans plus tard, dans les tranchées de l’enfer. Nos nations en sortirent exsangues et définitivement privées d’une partie importante de leurs forces vives dont une part importante de leur jeunesse. Pour l’Alsace et Haguenau, ce terrible conflit aura aussi été une source de déchirement au sein de bien des familles, partagées entre deux grandes cultures, deux grandes nations sur cette terre d’Europe.
    Adem, Amy, Bastien, Calvin, Clarissa, Damien, Ekin, Ela, Elena, Elyass, Emeline, Ernest, Julia, Léontine, Maéva, Maïdy, Victor et Wissem, nous donneront lecture, tout à l’heure, du nom des 100 Haguenoviens qui ont trouvé la mort sur les champs de bataille, en 1918, dans les circonstances si particulières qui furent alors celles de l’Alsace-Lorraine. Une partie de ces noms figurent sur les plaques complémentaires que nous allons officiellement découvrir au cours de cette cérémonie et dont le contenu est destiné à être définitivement gravé sur le monument d’ici un an.

    A l’issue de 5 années de guerre acharnée, l’heure de la fin des combats avaient donc enfin sonnée. Pourtant, dès le 1er novembre 1914, dans son encyclique inaugurale, le pape Benoît XV écrivit – je cite : « Nous avons donc adressé d'instantes prières aux Princes et aux gouvernants, afin que, considérant combien de larmes et de sang la guerre a déjà fait répandre, ils se hâtent de rendre à leurs peuples, les précieux avantages de la paix ». Il aura encore fallu quatre interminables années de guerre pour que cette paix soit enfin recouvrée.
    « Les précieux avantages de la paix » !
    Qu’en ce jour du 11 novembre 2018, en commémoration de tous nos morts – ceux de la Première Guerre mondiale, mais aussi ceux qui furent appelés à donner leur vie au cours de tous les conflits que notre Nation a eu à assumer depuis lors - ces quelques mots fassent écho au cœur de nos consciences et, plus largement, au cœur du projet qui est notre seul avenir et qu’il nous faut refonder en ce début du XXIe siècle : celui d’une Europe de paix pour nos peuples, d’une Europe fidèle à ses valeurs d’humanisme, d’une Europe unie dans l’adversité, d’une Europe forte dans le monde qui vient.
    Le cycle mémoriel du centenaire de la Grande Guerre touche à présent à son terme. Mais la mémoire de nos morts demeure. L’impératif de paix aussi. Tous les jours, la sonnerie de la cloche de la paix, que nous venons de couler en souvenir de ce cycle, sera la gardienne de la mobilisation de nos consciences.

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    OB-Rede für die Gedenkveranstaltung
    zum Kriegsende vor 100 Jahren am 11. November 2018 in Haguenau

    Anrede,
    vor 100 Jahren wurden mit dem Waffenstillstand in Nordfrankreich die Kampfhandlungen beendet. Damit endete de facto der Erste Weltkrieg. Wir stehen heute hier und gedenken der Toten, trauern um Soldaten und Zivilisten. Wir beklagen unvorstellbares Leid, das in der Summe kaum mehr zu erfassen und kaum mehr vorstellbar ist. Die Zurückgekehrten waren meist verwundet und traumatisiert. In fast jeder Familie unserer beiden Länder, auch in unseren Städten Haguenau und in Landau, hat dieser Krieg tiefe Spuren hinterlassen, hat er Trauer und große Not gebracht. In vielen Ländern Europas erinnern sich die Menschen heute, an diesem Tag, an das Ende dieses schrecklichen Krieges.
    Dass wir heute hier gemeinsam stehen, Franzosen und Deutsche, in Freundschaft, und so auch am kommenden Sonntag gemeinsam in Landau dem Kriegsende gedenken, ist keine Selbstverständlichkeit.
    In Deutschland sind wir uns unserer Schuld in diesem Krieg bewusst. Deshalb macht es mich, macht es uns besonders glücklich, dass aus der einst erbitterten Feindschaft eine enge und fest verankerte Freundschaft, gute Zusammenarbeit und Partnerschaft entstanden ist. Diese deutsch-französische Freundschaft wird nicht nur von der Politik getragen, sondern sie lebt vor allem auch von Initiativen der Zivilgesellschaft, vom Austausch der Schulen, Treffen von Vereinen und vielen weiteren Kontakten der Menschen. Dies gilt in besonderem Maße für die enge und lange Freundschaft zwischen Haguenau und Landau, die seit nun 55 Jahren besteht.

    Wir, die Enkel und Urenkel der Menschen, die diesen Krieg miterlebt haben und erbittert gekämpft haben, leben nun seit Jahrzehnten in Frieden. Wir haben ein gemeinsames Europa geschaffen und gemeinsame europäische Einrichtungen.

    Die Geschichte lehrt uns, wie wichtig und wertvoll diese Gemeinsamkeit ist, bei der nicht die einen Sieger und die anderen Verlierer sind, sondern alle Gewinner.
    Umso trauriger ist es, dass es heute weltweit immer noch so viele kriegerische Auseinandersetzungen gibt. Alleine für 2017 wurden weltweit 222 gewaltsam ausgetragene Konflikte gezählt, die mit unendlich großem menschlichen Leid, mit Flucht und Vertreibung einhergehen. Und es ist gefährlich, dass in Europa politische Strömungen wieder neu auf Spaltung und Nationalismus aus sind. Der deutsch-französischen Freundschaft kommt für die Einheit Europas eine besondere Bedeutung zu. Dies gilt auf allen staatlichen Ebenen und für uns im Grenzraum auch und gerade im Miteinander auf kommunaler Ebene.

    Tage der Erinnerung an die Schrecken des Krieges sind wichtig: In der Rückschau können wir ermessen, wie positiv die Entwicklung für Europa und vor allem unsere Freundschaft in den vergangenen Jahrzehnten war und ist. Wir wollen uns heute einmal mehr deutlich machen, dass Frieden nicht selbstverständlich und dass unser aller Einsatz für den Frieden gefordert ist.

    Wir verneigen uns vor den Toten der Weltkriege, gedenken ihrer und nehmen ihr erlittenes Leid als Auftrag und Verpflichtung für unsere persönliche Friedensarbeit.
    Ich danke Ihnen, dass ich heute dabei sein darf, um mit Ihnen, mit Haguenau, mit französischen Freunden, diesen Tag zu begehen und es ist mir eine große Ehre, Sie in einer Woche in Landau begrüßen zu dürfen.

    Die Stadt Landau hat zu diesem Anlass die Landauer Marianne-Statue wieder aufgestellt. Dieses Symbol für Freiheit und Frankreich war Teil des vom französischen Militär angelegten Kriegerdenkmals auf dem französischen Friedhof in Landau. Vor fast 80 Jahren wurde sie von den Nationalsozialisten entfernt. Nun ist sie wieder an ihren ursprünglichen Standort zurückgekehrt.

    Am kommenden Sonntag werden wir dort den Toten gedenken, in Verbundenheit, als Mahnung für den Frieden.

    In Freundschaft reiche ich heute die Hand und vertraue auf Gottes Segen für die Menschen in Frankreich und Deutschland.

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    Discours prononcé à Haguenau, le 11 novembre 2018, par M. le Maire de la ville de Landau à l'occasion de la cérémonie commémorative du centenaire de l'armistice

    Salutation,
    Il y a 100 ans, la convention d'armistice signée dans le nord de la France mis fin aux combats et, de facto, à la Première Guerre mondiale. Nous sommes rassemblés en ce jour pour commémorer les morts militaires et civils. Nous nous souvenons, dans la peine, d’un incommensurable flot de douleurs et de souffrances qui échappe à la raison et à l'entendement. Ceux qui sont revenus étaient le plus souvent blessés et traumatisés. Dans presque toutes les familles de nos pays respectifs, et donc dans nos villes de Haguenau et de Landau, cette guerre a laissé des traces profondes et a semé le deuil et la misère. En ce jour du 11 novembre, bien des pays d'Europe font mémoire de la fin de cette effroyable guerre.
    Le fait que des liens d’amitié nous tiennent rassemblés ici, aujourd’hui, pour célébrer l’armistice, tout comme nous le ferons dimanche prochain, à Landau, ne coule pas d’évidence.
    Les Allemands ont conscience de leur responsabilité dans le déclenchement de cette guerre. C'est pourquoi je me réjouis, c'est pourquoi nous nous réjouissons que les élans de haine qui nous opposaient autrefois, aient pu se muer en de forts et étroits liens d’amitié, de coopération et de partenariat. L'amitié franco-allemande n'est pas que l’affaire des responsables politiques. Elle vit d'abord de prises d'initiatives de la société civile, d’échanges entre les établissements d'enseignement, de rencontres entre associations et de relations humaines de manière générale. Ceci vaut tout particulièrement pour les liens d'amitié étroits et au long cours entre Haguenau et Landau qui durent maintenant depuis 55 ans.
    Nous autres, qui sommes les petits-enfants ou arrières petits-enfants de celles et de ceux qui ont vécu cette guerre et combattu dans des conditions effroyables, vivons maintenant en paix depuis des décennies. Nous avons su rassembler nos forces dans une Europe unifiée et nous doter d’institutions communes.
    L’histoire nous apprend combien cette communauté, qui ne connaît ni vainqueur ni vaincu mais exclusivement des gagnants, est importante et précieuse.
    Il est d’autant plus tragique de constater que notre monde est toujours et encore sujet à tant de conflits armés. Pour la seule année 2017, on a dénombré 222 foyers de guerre à travers le monde dont chacun porte son lot de détresses, d’exilés et de populations déportées. Et l'Europe est elle-même en danger dès lors que les courants politiques fauteurs de division et les nationalismes refont surface. Dans ce contexte, l'amitié franco-allemande devient particulièrement signifiante pour l'unité de l'Europe. Cela vaut pour toutes les strates de nos Etats, et, en ce qui nous concerne, nous oblige plus particulièrement en tant que communes d’un espace transfrontalier.
    Les journées commémoratives, en ce qu’elles nous incitent à nous souvenir des affres de la guerre, sont importantes : en tournant nos regards vers le passé, elles nous permettent de prendre la mesure de l’apport de la construction européenne, mais aussi de l’amitié qui nous lie depuis des décennies. Que ce jour nous permette, une fois encore, de prendre conscience que la paix n'est pas chose acquise pour toujours. Bien au contraire, son maintien nécessite notre mobilisation de tous les instants.

    Nous nous inclinons devant les morts des deux guerres mondiales et portons leur souvenir. Que le poids de leurs souffrances nous engage, chacun, à être artisan de paix.
    Je vous remercie de m’avoir invité à participer à cette journée commémorative à vos côtés, aux côtés de Haguenau, aux côtés d’amis français. Et sachez que c'est un grand honneur pour moi que de pouvoir vous accueillir dans une semaine, à Landau.

    La ville de Landau à profiter de cette occasion pour ériger, à nouveau, la statue de Marianne à Landau. Cette statue, symbole de liberté et de la France, faisait partie du monument aux morts édifié par l'armée française dans le carré militaire français de la nécropole de notre ville. Il y a quelque 80 ans, elle avait été défaite par les nazis. Elle a désormais recouvré sa place.

    C’est là que, dimanche prochain, nous nous souviendrons, solidairement, de nos morts. Nous nous en souviendrons comme exhortation à la paix.
    Ma main tendue en ce jour est le signe de notre amitié. Que la grâce de Dieu soit avec les femmes et les hommes de France et d’Allemagne.

    Site Sortir à Haguenau